Le confident de la santé
Par Cyril Jamot |
Le mot « confident » a une signification précise. Ce n'est pas quelqu'un qui vous dit quoi faire. Ce n'est pas quelqu'un qui vous traite. C'est quelqu'un à qui vous pouvez tout dire : parce qu'il connaît votre histoire, parce qu'il ne juge pas, parce qu'il sera encore là demain.
Un confident n'a pas besoin qu'on lui rappelle qui vous êtes à chaque conversation. Il tient la mémoire du fil. Il voit les liens que vous ne voyez plus parce que vous êtes trop près. Il n'a aucun intérêt à part celui d'être là pour vous. Il pose des questions que les autres ne posent pas, parce que lui sait quoi chercher.
Dans votre vie, vous avez probablement quelqu'un qui joue ce rôle pour votre travail, pour vos finances, parfois pour votre famille. Presque personne ne l'a pour sa santé.
Le médecin, confident de la maladie
Le médecin est un interlocuteur de confiance. Pour beaucoup, c'est le premier recours, le référent, l'autorité. Ce rôle est légitime et nécessaire. Et le médecin est particulièrement qualifié pour l'exercer dans son domaine : la maladie.
Quand quelque chose est cassé, le médecin sait comment l'identifier et comment y répondre. C'est sa formation, son art, son territoire. Le médecin est le confident de la maladie.
Mais la santé, ce qui se construit, se maintient, se régule dans le temps en dehors des épisodes aigus, n'est pas la maladie. Ce sont deux territoires différents, qui demandent des interlocuteurs différents.
Le médecin n'a pas le temps, le mandat, ni la formation pour tenir la mémoire longitudinale de votre vitalité, de vos relations, de vos rythmes, de ce qui vous pèse et de ce qui vous nourrit. Ce n'est pas un reproche. C'est une description réaliste d'un système conçu pour autre chose.
Le vide que personne n'a encore nommé
Pendant trente-cinq ans, j'ai consulté plus de trente praticiens. Chacun compétent. Chacun sérieux. Aucun n'a jamais posé ces questions simples : qui êtes-vous ? Comment ça va dans votre vie ? Comment vivez-vous votre corps ? De quoi avez-vous besoin pour être en bonne santé ?
Aucun ne lisait le dossier des autres. Aucun ne reliait les points. Aucun ne demandait ce qui se passait dans ma vie, dans mes relations, dans mes nuits. Parce que ce n'était pas leur rôle. Parce que le système n'est pas conçu pour ça.
Ce que j'ai compris à ce moment-là, c'est que le problème n'était pas les praticiens. C'était l'absence d'un rôle qui n'existe pas encore : celui du confident de la santé.
Ce que signifie « confident » dans ce contexte
Un confident de la santé n'est pas un coach. Le coach accompagne un objectif précis dans un temps défini. Ce n'est pas non plus un assistant, un agrégateur d'informations, ni une plateforme de mise en relation.
Un confident de la santé tient trois choses dans le temps.
La mémoire, d'abord. Il connaît votre histoire médicale, mais aussi votre histoire personnelle : ce que vous vivez, ce que vous avez traversé, les décisions que vous avez prises et pourquoi. Il n'a pas besoin qu'on lui rappelle. Il se souvient.
Le regard global, ensuite. Quand vous lui parlez de votre fatigue, il ne cherche pas un organe défaillant. Il cherche le système entier : votre sommeil, vos relations, votre charge de travail, vos rythmes, votre alimentation, ce que vous n'avez pas dit. Il fait les liens que la fragmentation du système empêche.
La durée, enfin. Un confident n'est pas utile sur une séance. Il est utile sur cinq ans. Sur dix ans. Parce que la santé est un mouvement continu, pas une série de consultations ponctuelles.
La relation comme soin
Joan Tronto, philosophe américaine, a formalisé dans les années 1990 une éthique du care fondée sur une conviction : le soin est fondamentalement une relation, pas une prestation. On ne dispense pas du soin à quelqu'un. On crée avec lui les conditions dans lesquelles il peut s'en emparer.
Cette distinction change tout. Un confident de la santé ne fait pas quelque chose pour vous. Il crée avec vous un espace où votre santé peut se construire, se réfléchir, s'orienter. La relation elle-même est thérapeutique, au sens étymologique du terme : elle accompagne, elle soutient, elle permet le chemin.
Paul Ricœur, philosophe français, ajoutait que chaque personne est une identité narrative : un être dont la vie a une histoire, une cohérence interne, un sens qui se construit dans le temps. La santé de cette personne ne peut pas être comprise hors de cette histoire. La traiter comme un ensemble de biomarqueurs isolés, c'est traiter l'ombre, pas la personne.
Un confident de la santé lit les deux.
Ce que cela change concrètement
Avoir un confident de la santé, c'est ne plus avoir à tout réexpliquer à chaque nouveau praticien. C'est avoir quelqu'un qui remarque que vous dormez moins bien depuis que vous avez changé de poste, et qui fait le lien avec la tension que vous mentionnez depuis six mois. C'est ne plus être le seul fil conducteur entre les professionnels qui vous suivent.
C'est aussi avoir quelqu'un qui vous connaît assez pour poser les questions que vous ne vous posez pas vous-même. Qui repère ce que vous minimisez. Qui vous oriente au bon moment, vers la bonne personne, sans vous laisser naviguer seul dans un système qui n'est pas conçu pour vous.
Ce rôle existait autrefois, sous des formes différentes : le médecin de famille qui connaissait trois générations, le généraliste de campagne qui savait tout de ses patients. Il a été dissous par la spécialisation, la mobilité, la fragmentation du système.
ARCHIPEL LIFE et ARCHIPEL LIFE sont nés pour le reconstituer, à l'échelle de notre époque, avec les outils et les connaissances disponibles aujourd'hui.
Le médecin est le confident de la maladie. Nous sommes le confident de la santé.

